Expo. Leonard Freed, un photographe dans la tempête

160 photographies nous racontent « le désordre du monde »

Le Musée Juif de Bruxelles consacre une exposition au photographe américain de chez Magnum Leonard Freed. Retour sur son œuvre, très émotionnelle, en une image iconique.

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Marche sur Washington. Washington D.C., 28 août 1963 © Leonard Freed / Magnum Photos

Cette jeune femme à la bouche béante et aux yeux humides levés au ciel est-elle en délire, sur le point de tourner de l’œil, en pleurs, touchée par la grâce? Cette scène énigmatique et intensément émotionnelle fut immortalisée le 28 août 1963 par le photographe américain, membre de l’agence Magnum, Leonard Freed, né à Brooklyn en 1929 d’une famille juive originaire de Biélorussie et décédé en 2006. L’image montre, en réalité, des manifestants afro-américains chantant avec ferveur We Shall Overcome après avoir assisté au discours mythique I have a dream de Martin Luther King. Freed a su saisir toute la dramaturgie de ce moment historique, l’émoi, la gravité, le courage, la résilience, les espoirs et les convictions d’un peuple opprimé en lutte.

 

Au lieu d’aller chez un psychiatre, je me soigne tout seul, avec un appareil photo

Léonard Freed

Véritable éponge émotionnelle, Freed révèle tout le pouvoir du médium photographique en figeant, littéralement, des individus, des hommes et femmes ordinaires, en marge parfois, pris dans les turbulences d’un monde en désordre et en mutation. Au beau milieu de la catastrophe du Bois du Cazier, dans le quartier de Harlem, parmi les habitants du bassin de la Ruhr, en pleine Guerre des Six Jours, avec la police new-yorkaise, … Les visages expressifs caressent une détresse énigmatique, un espace ouvert à l’imagination où chaque spectateur, qu’importe son bagage, qu’importe son histoire, discerne son propre reflet. « Au lieu d’aller chez un psychiatre, je me soigne tout seul, avec un appareil photo », disait Leonard Freed qui n’aura eu de cesse de confronter son identité, ses obsessions et démons, à l’autre et au chaos de la seconde moitié du XXe siècle.

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Qui est Léonard Freed ? Né à Brooklyn en 1929 dans un milieu modeste, Leonard Freed se destine d’abord à la peinture, avant qu’un livre de Henri Cartier-Bresson, découvert dans une librairie, ainsi qu’un voyage de deux ans en Europe et en Afrique du Nord au début des années 1950, le fassent changer d’avis.
En 1955, rentré à New York, il parvient à présenter son travail à Edward Steichen, directeur du département photographique du MOMA, qui lui achète trois tirages et obtient d’Alexey Brodovitch d’assister gratuitement à ses cours. De sa formation picturale, il lui reste le goût pour les compositions géométriques élégantes et pour les contrastes tranchés.
Rejoignant l’agence Magnum en 1972, Freed cherche à rendre intelligible le monde qui l’entoure.

À travers ses clichés… On découvre le monde sur plus d’un demi- siècle à travers trois continents. Avec l’oeil de Leonard Freed, on assiste à l’évolution de la société, des moeurs et des Hommes de 1954 à 2002 avec la reconstruction de l’Europe d’après-guerre, le mouvement des droits civiques aux États-Unis, le conflit israélo-palestinien, la police et le maintien de l’ordre, la chute du communisme après 1989. À travers ces événements auxquels il rend toute leur complexité et leur caractère désordonné, ce sont des thèmes aussi intemporels que la peur, l’amour, la violence, la révolte ou l’éphémère des choses que le photographe met en lumière.
Les photographies sont captivantes et interpellantes. “Comprendre qui on est par le biais de ce qui est autour” et comprendre d’où on vient par ce qui avait autour !

En conclusion.  Une magnifique rétrospective de plus de cent soixante tirages noir et blanc, des planches de contact inédites et un film de treize minutes dans lequel le photographe revient sur la manière dont il construisait ses sujets. Vous l’aurez compris : Leonard Freed c’est l’expo photo à voir !

Jusqu’au 17 mars 2019. Musée Juif de Belgique Rue des Minimes, 21 – 1000 Bruxelles

Tel. +32 2 512 19 63 – Infos http://www.mjb-jmb.org

 

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