Photographe à la Une. Peter Lindbergh

Connu pour ses clichés en noir et blanc, le portraitiste a popularisé le phénomène des top models des années 90, photographié trois éditions du célèbre calendrier Pirelli, et été le premier homme à se poster derrière l’objectif pour le Vogue américain.

copyright Peter Lindbergh

Une jeunesse bohème.  Peter Brodbeck, plus connu sous le nom de Peter Lindhergh est né en 1944 à Lissa, en Allemagne et a grandit en plein cœur de la Ruhr, « l’endroit le plus moche du monde ». Fils d’un marchand de confiseries, il passe son enfance à Duisbourg – dont les paysages industriels influenceront ses œuvres futures. A l’aube des années 60, Lindbergh s’essaie aux arts plastiques tout en rêvant d’échapper au carcan scolaire. Sur un coup de tête et sans un sou en poche, il suit les traces de son idôle, Vincent van Gogh et se rend en autostop à Arles avant de poursuivre le voyage en Espagne où ses peintures signées « Sultan »seront monnayées aux touristes devant le Prado. Plus tard, il sillonnera le Maroc, bongo sous le bras. Après deux ans de vie bohème, l’artiste rentre en Allemagne et poursuit son apprentissage de la peinture.

Ce n’est qu’à 27 ans qu’il découvrira les rouages de la photographie aux côtés de Hans Lux dont il deviendra l’assistant. Une fois formé, Lindbergh s’installe à Paris, à la fin des années 70 et commence à signer ses premières photos de pub. Très vite, la presse remarque sa capacité à capturer la beauté brute et sans artifices de ses sujets. Il collabore avec plusieurs magazines dont Vogue, Vanity Fair, Rolling Stone, et affûte son style en dirigeant les campagnes publicitaires d’Armani, Jil Sander, Prada, Calvin Klein ou celles du label japonais Comme des Garçons. En 1994, Lindbergh immortalise une Kate Moss juvénile en salopette pour le Harper’s Bazaar, une série de clichés qui entrera dans l’histoire.

copyright Peter Lindbergh

copyright Peter Lindbergh

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Le maitre du noir et blanc.  Influencé par le travail d’Irving Penn, par les lumières monochromes de Duisbourg et du cinéma allemand de l’avant guerre, Peter Lindbergh a fait du noir et blanc une signature forte. La décision de Lindbergh de privilégier le noir et blanc au détriment de la couleur est venue tôt dans sa carrière, car elle répondait, explique-t-il, à une réalité impérieuse : «Il a préféré le noir et blanc car il offre une interprétation de la réalité, un lien plus intime avec la vérité que la couleur. Il a vu le travail des photographes américains pendant la Grande Dépression, quand l’Amérique allait mal et que le gouvernement avait envoyé des photographes rendre compte de sujets comme le travail des enfants, la criminalité, la pauvreté, les problèmes sociaux et tout ce qui s’ensuit, et elles étaient toutes en noir et blanc. Toutes ces photos sont bien connues à présent. Il s’y est plongé et je dirais qu’à partir de ce moment-là a germé en lui l’idée que le noir et blanc était synonyme de vérité.»

L’essentiel pour Lindbergh était de donner à voir la profondeur du modèle plutôt que les détails des vêtements. «Quand on rencontre quelqu’un, on risque davantage de se souvenir de son regard, de ses yeux et des mouvements de son corps que de la couleur de son pull», dit-il. Il aspire à dépeindre la nature humaine, la vie et l’âme, sans effort apparent. Avec un vocabulaire qui lui est propre, il dosait réalité et fiction dans des images scénarisées que nul n’est jamais parvenu à imiter.

Évitant consciencieusement le milieu de la mode pour garder ses distances et conserver une réaction personnelle face aux influences extérieures, il demeurait très admiratif devant la créativité infinie des stylistes. Estimant que toute photographie de mode est d’une certaine façon un portrait, il était convaincu que les photographes ont aussi le devoir de définir l’image de la femme d’aujourd’hui, contemporaine, bien au-delà d’un simple être humain vêtu d’une robe.

copyright Peter Lindbergh

copyright Peter Lindbergh

copyright Peter Lindbergh

copyright Peter Lindbergh

Pour conclure.  Il croyait fermement que le photographe doit tout faire pour que chaque image devienne le portrait de quelqu’un ou l’histoire de quelque chose – une histoire de relations et de personnalités, de rêves et de réalité –, affirmant que la photo de mode ne saurait se réduire uniquement à la mode et à elle seule. Lindbergh est inspiré par les décors sobres installés dans des lieux parfois spartiates, austères, aux murs et aux sols écaillés, avec pour accessoires une simple table, des chaises de bistro, des échelles, des ventilateurs et du matériel d’éclairage, sans oublier la fameuse bâche en guise de toile de fond et des lumières pour créer l’atmosphère typiquement “lindberghienne”. On discerne aisément son gout pour le cinema, car il nourrit une prédilection pour les décors rappelant les scènes filmées en coulisse que ‘on trouve en bonus sur les DVD et qu’il préfère au film lui-même. Il s’efforce de ne pas ravir la vedette à ses modèles et de vivre chaque plateau ou chaque situation comme un chantier ouvert plutôt que comme un aboutissement.

Catégories :Photographes à la Une.

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