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Photographe à la Une. Ernst Haas

Qui était Ernst Hass ? Né en 1921. Au sortir de la seconde guerre mondiale, il aspire à un travail dans le domaine humanitaire, animé par un besoin de se rendre utile. C’est dans cette perspective qu’il entame des études de médecine. Mais rapidement, il prend conscience que sa destinée n’est pas là. Il ressent une attraction pour les disciplines artistiques. Il lit beaucoup et fréquente assidûment les musées. Las de son indécision, son frère le bouscule au sujet de son avenir. Il aime les arts et le voyage, deux activités que la pratique de la photographie peut réunir. C’est ainsi qu’il décide d’en faire son métier.

Dans les années 50, il fut l’un des premiers photographes de l’agence Magnum à s’écarter de la doctrine du noir et blanc, pour expérimenter la couleur. L’œuvre d’Ernst Haas est immense, innovante et riche de plus de 400 000 tirages ! Ses images poétiques ont révolutionné le photojournalisme, introduisant la photographie dans l’enceinte de l’art.

Outre les couleurs vives et spectaculaires, l’utilisation des contrastes et des ombres se démarque du travail d’Ernst Haas.  Son exploitation magistrale et son détournement des limites techniques de l’appareil photographique, confronté à la vitesse, aboutissent à des images dont le flou délibéré frôle l’abstraction.

New York : la révolution de la couleur. En 1951, il déménage à New York assez naturellement, attiré par cette ville comme un appel à la photographie en couleur. C’est cette même année que pour la première fois, le magazine Life publie un reportage intégralement en couleur, rompant avec la tradition du noir et blanc. Ernst Haas en est l’auteur. La photographie couleur est pourtant périlleuse d’exécution à l’époque en raison de la très faible sensibilité des films couleur 35 mm qui impliquaient d’être particulièrement stable à la prise de vue pour ne pas obtenir des clichés flous.

Ernst Haas est reconnu comme l’un des précurseurs de la photographie couleur. Ses recherches sur l’abstraction, lui qui voulait être peintre, ont fait l’objet d’un livre, La Création, paru en 1971, qui connaîtra un succès populaire. Outre son travail sur la ville de New York, il documentera également d’autres villes à l’instar de Paris et Venise. Ernst Haas meurt à New York en 1986.

Ne pas opposer pas la couleur au noir et blanc.  aucun moment, Ernst Haas n’a identifié de contradiction entre la photographie noir et blanc et la photographie couleur. Alors qu’il photographiait initialement en noir et blanc (en réalité, pendant au moins un tiers de sa carrière comme photographe), Ernst Haas a ressenti une attirance impérieuse pour la couleur, une aspiration artistique profonde reliée au contexte historique. Il associait le noir et blanc aux années de la guerre et de l’immédiat après-guerre. Il avait ressenti le besoin de marquer une rupture avec ces « années grises », comme il les qualifiait lui-même, en opérant ce changement radical vers la couleur, à la manière d’une renaissance.

Selon Ernst Haas, il n’y a pas lieu d’opposer ces deux manières de photographier, les deux étant également fascinantes. Il s’agit seulement de deux langages différents, qui impliquent des façons de voir différentes. La couleur n’est pas équivalente au noir et blanc additionné de la couleur, tout comme le noir et blanc n’est pas seulement une photographie sans couleur. Ces deux approches mènent aussi à des instants décisifs qui peuvent différer. Ernst Haas est radicalement passé du noir et blanc à la couleur pour une raison liée à son destin personnel dans un contexte donné. Mais il est bien sûr possible de travailler le monochrome comme la couleur simultanément. C’est la composition et la narration photographique qui invitent à choisir l’un ou l’autre. Parfois, la couleur dessert un propos ou déséquilibre une composition, tout comme elle peut au contraire lui donner plus de force, voire en constituer le sujet.

Les possibilités créatives du flou de bougé. Aux prémices des pellicules couleur, Ernst Haas devait travailler avec un film à très faible sensibilité : Kodak I, 12 ASA. Une contrainte qu’il a tournée en opportunité, jouant sur les faibles vitesses d’obturation pour produire des flous de bougé afin de creuser plus avant son travail sur le mouvement, aux confins de l’abstraction.

La photographie ci-dessous traduit bien l’influence picturale d’Ernst Haas, lui qui voulait être peintre au départ, et qui se qualifiait lui-même comme « peintre de l’urgence », en référence à l’instantanéité de l’acte photographique lui-même, et aux sujets d’actualité couverts par le médium. Libéré d’une exigence de netteté, le photographe signe une image tout en mouvement qui raconte la fulgurance du geste du toréador. Elle évoque également la fébrilité et l’indécision des deux protagonistes, le taureau et son bourreau, dans un jeu entre la vie et la mort dont la complémentarité des couleurs renforce l’opposition.

L’abstraction comme sujet photographique. Ernst Haas s’écarta rapidement de l’approche photojournalistique, attiré par la recherche formelle autour de la photographie. Il brouille les marqueurs du réel en ajoutant à ses cadres des détails abstraits qui jouent avec les perceptions habituelles du spectateur. Le photographe ne se fixe aucune règle, tout à la joie de faire vibrer les couleurs en travaillant l’équilibre des formes au travers du cadre. En s’intéressant par exemple à des détails d’affiche enchevêtrées. Et jusqu’à s’affranchir de toute connexion au réel.

Libérez-vous de votre propre sens de la composition. Quel artiste ne s’est jamais pas senti en mal d’inspiration ? Cette sensation de ne plus avoir d’idées, de reproduire sans arrêt les mêmes artifices… Les ressorts de la créativité ne s’assouplissent pas sans douleur. Il nous faut parfois apprendre à désapprendre, pour aborder les choses avec un nouveau regard. Pour retrouver cette fraîcheur d’approche en se détachant de ses propres réflexes, Ernst Haas recommande cette méthode : photographier les yeux fermés, en faisant usage de l’ouïe pour seule indication. Il suggère de maintenir les yeux clos y compris lors de l’editing.

Cette approche est certainement très radicale et sans doute exagérément romantique, mais elle montre bien le besoin d’opérer des changements tranchés dans la pratique pour stimuler la créativité. Tout comme Ernst Haas avait volontairement renoncé au noir et blanc afin de marquer la fin d’un cycle et la poursuite d’aspirations nouvelles. De façon plus pragmatique, le seul fait de s’imposer une contrainte est souvent une bonne idée pour se renouveler, qu’il s’agisse par exemple de changer d’objectif, ou de s’astreindre à reculer de deux pas pour inclure davantage d’éléments au premier-plan…

Comme Ernst Haas, soyez photographe-poète. Selon Ernst Haas, chaque être humain possède une fibre poétique. Le poète évoque ses sensations, ses ressentis, ses impressions par un travail autour de la forme de son œuvre, qu’il s’agisse de vers, d’harmonies, de sons. A la manière d’un poète, le photographe peut développer son propre langage visuel, exprimant sa sensibilité profonde par la recherche formelle autour de son imagerie. Ainsi, le photographe défend le signifié de l’image, à savoir son propos, par un signifiant stylisé. En travaillant les effets de transparence, de flou, de graphisme. Ernst Haas manie aussi la couleur comme un autre instrument poétique, de même que le faisait Poussin quelques siècles plus tôt dans sa peinture.

Pour conclure. Le style n’a pas une formule, mais il est un ingrédient-clé. C’est une extension de la personnalité. la sommation de cette toile indéfinissable que composent vos sentiments, vos connaissances et votre expérience.


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